Sylvia Day
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Feb 18, 2015  •  J'ai Lu  •  9782290094198

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Prologue

La caresse légère d’une main le long de son dos tira Vashti d’un profond sommeil. Instinctivement, elle se tendit vers le contact familier avec un ronronnement de plaisir. Un sourire lui retroussa les lèvres alors même qu’elle émergeait peu à peu.

Neshama, murmura son partenaire.

Mon âme. Tout comme il était la sienne.

Les paupières encore closes, elle roula sur le dos et s’étira, arquant le torse et ses seins nus en direction de Charron dans un geste volontairement aguicheur.

L’effleurement velouté de sa langue sur son téton la fit sursauter, un halètement lui échappa et elle s’allongea de nouveau contre le matelas. Elle ouvrit les yeux au moment où les lèvres parfaitement ourlées de son amant se refermaient sur la pointe érectile de ses mamelons. Creusant les joues, il aspira longuement. Vashti répondit par un grognement à l’exquise attention du destinataire de ses moindres soupirs.

Elle tendit les mains pour attirer la tête blonde contre sa poitrine, mais il se raidit et elle se rendit compte qu’il était debout près du lit et non allongé auprès d’elle. Le découvrant vêtu, et la surplombant de toute sa hauteur, elle devina pourquoi il l’avait éveillée.

Il posait sur son corps nu des yeux brûlants, et les crocs que montrait son sourire canaille ne laissaient aucune place au doute : lui aussi était excité par la façon dont il l’avait tirée des limbes.

À la vue de ce sourire, le cœur de Vashti s’emballa, sa poitrine se serra de l’excès d’émotions qu’il lui inspirait. Elle avait tout perdu. Parfois, elle sentait encore le tressaillement des ailes qu’on lui avait coupées. Heureusement, Char avait rempli le vide béant laissé par l’horrible châtiment. À présent, il était tout pour elle, sa raison de se lever chaque matin.

— Reste dans les mêmes dispositions, susurra-t-il de sa voix profonde. J’assouvirai ta faim en rentrant.

Elle se redressa sur les coudes.

— Où vas-tu ?

Il termina d’accrocher en croix dans son dos les fourreaux de son duo de katanas.

— L’une de nos patrouilles n’est pas rentrée.

— Celle d’Ice ?

— Ne commence pas.

Elle poussa un soupir. Char avait investi beaucoup de son temps dans l’entraînement de leur poulain, mais ce gamin s’avérait pour le moins rétif aux ordres.

Son amant lui jeta un bref regard, avant de s’attacher un étui à révolver autour de la cuisse.

— Je sais, tu trouves qu’il se montre par trop irresponsable.

— Ce n’est pas moi qui le pense, fit-elle remarquer en posant les deux pieds au sol. Il l’a prouvé, Char. Et pas qu’une fois.

— Il veut te complaire, Vashti. C’est un ambitieux, qui ne laisse personne prendre les choses en charge à sa place. Quand il y va, c’est qu’il estime être plus utile qu’un autre. S’il tombe sur une opportunité de t’impressionner, il s’y jette à corps perdu. Il a dû partir en chasse d’un mignon égaré, à moins qu’il n’essaie d’obtenir des informations sur les lycans.

— Je serai surprise le jour où il obéira aux ordres . Et encore une fois, il te tire du lit, commenta-t-elle en se levant pour s’étirer.

Elle accueillit avec un soupir la caresse de la main élégante sur sa poitrine.

Neshama, il faut bien que quelqu’un m’en tire à un moment ou à un autre. Sinon je ne le quitterais jamais.

Elle l’entoura de ses bras et posa la joue contre le gilet de cuir qui enserrait le torse mince de son compagnon. Inspirant son odeur chérie, elle songea, une fois de plus, que cet être exceptionnel valait bien d’avoir déchu. Si elle pouvait revivre le moment où elle avait dû faire un choix entre ses ailes et son amour pour Charron, elle répéterait sa prétendue erreur, sans l’ombre d’une hésitation. Devenir vampire, voilà qui était bien peu payé pour avoir cet homme.

— Je viens avec toi, décréta-t-elle.

Le menton sur son crâne, il secoua la tête.

— Torque ne veut pas.

— Ce ne sont pas ses affaires, rétorqua-t-elle en s’écartant, les sourcils froncés.

Torque était peut-être le fils de Syre, mais elle était le lieutenant en chef du leader des Déchus. Quand il s’agissait des Déchus et des mignons – autrement dit, des vampires en général – seul Syre avait le pouvoir de la commander. Même Char prenait ses ordres auprès d’elle, ce qu’il faisait d’ailleurs de bonne grâce, pour un homme habitué à diriger les autres.

— Il a un problème de démon.

— Bon sang ! Il devrait être en mesure de s’en charger tout seul.

Certes, pourchasser les démons qui s’en prenaient aux vampires, c’était son travail. Et personne n’était meilleur qu’elle dans ce domaine. Mais elle ne pouvait pas être partout à la fois tout le temps.

— Il s’agit d’une démone appartenant à la bande d’Asmodeus.

— Ben voyons. Merde ! Trois fois dans la même semaine, il nous cherche, là !

Voilà qui changeait tout. Abattre un démon issu en ligne directe du roi des enfers, c’était un poil plus compromettant, politiquement parlant. Vashti avait une réputation de joker : elle effectuait la besogne sans faire de l’ombre à Syre, contrairement à ce qui se produirait si son fils s’en chargeait. Et elle était suffisamment en colère à présent pour vouloir régler elle-même son compte à cette démone. Ils avaient peut-être déchu, mais cela ne faisait pas d’eux des proies faciles.

Char lui déposa un baiser sur le front, puis la relâcha.

— Je serai rentré avant la nuit.

— Avant la nuit… ? (Un rapide coup d’œil en direction de la fenêtre et elle comprit.) C’est déjà l’aube.

— Et oui.

L’expression de Char s’assombrit, reflétant sans doute l’inquiétude qui devait se peindre sur son propre visage.

Ice n’était pas un Déchu, contrairement à Charron et elle. C’était un mortel, que la transformation avait rendu photosensible. Si survolté qu’il soit par nature, il aurait dû rentrer avant le lever du jour. Car à présent, il allait devoir se cacher quelque part jusqu’au crépuscule, à moins que Char le retrouve, et lui donne à boire quelques gorgées de son sang énergique de Déchu, de quoi lui permettre de rentrer sans dommages.

— Est-ce que tu n’as jamais songé qu’il serait sage de le laisser se débrouiller seul ? suggéra-t-elle. Comment veux-tu qu’il apprenne, s’il n’est jamais confronté aux conséquences de ses actes ?

— Ice n’est pas un enfant.

Vashti répondit par un regard qui ne cachait rien de ses doutes à ce sujet. Ice avait beau être presque aussi grand et large d’épaules que Char, il n’avait pas sa maîtrise de soi en acier trempé. Il restait aussi impulsif qu’un enfant.

— Je crois que tu projettes sur lui des traits de caractère qu’il ne possède pas.

— Et moi je crois qu’il est temps pour toi de te fier à mon jugement, répliqua-t-il, rivant sur elle un regard de défi.

Personne d’autre que lui n’oserait poser pareil regard sur elle, et pas seulement à cause de son rang. S’il titillait son caractère obstiné, elle appréciait aussi que son compagnon campe sur ses positions, quand un sujet lui tenait à cœur. C’était justement parce qu’il était capable de faire la part entre la supérieure hiérarchique et la femme qu’il avait éveillé en elle des sentiments profonds, à une époque où l’humanité qu’on l’avait envoyée observer avait commencé à la contaminer.

Elle serait bien incapable de pointer le moment exact où ses sentiments pour Charron avaient évolué. Un jour, il n’était comme elle qu’un Veilleur parmi tant d’autres, l’un des Séraphins mandatés sur terre pour rendre compte au Créateur de l’évolution des hommes ; et le lendemain, son sourire lui avait coupé le souffle, son corps puissant et gracieux lui avait noué le bas du ventre. Aux yeux de Vashti, la beauté dorée de Charron – ses ailes crème et or, sa peau, ses cheveux de miel et ses yeux d’un bleu perçant comme la flamme – n’était plus le témoin des talents du Créateur, mais un attrait irrésistible pour sa libido féminine fraîchement éveillée.

Cacher sa soudaine attirance pour lui avait été une vraie torture, pourtant elle y était parvenue pendant quelques mois, tant sa faiblesse, digne d’une vulgaire mortelle, lui faisait honte. Sans compter la crainte de l’entacher, lui. Mais une fois qu’il avait réussi à la coincer, puis à la séduire, il l’avait prise avec une détermination de feu. Et elle avait déchu en grâce pour tomber dans ses bras, pleinement consciente des conséquences. Pas une larme, pas un cri ne lui avait échappé quand les Sentinelles vengeurs avaient coupé les ailes dans son dos, la transformant ainsi en la Déchue buveuse de sang qu’elle était aujourd’hui. En revanche, elle avait prié, supplié que l’on gracie Charron. Et elle avait pleuré toutes les larmes de son corps quand ils l’avaient privé de ses magnifiques ailes.

La caresse de Charron sur sa joue la tira de ses douloureux souvenirs, pour la ramener au présent et à l’homme dont les yeux avaient désormais acquis la couleur ambrée des vampires dépourvus d’âme.

— Où vas-tu, demanda-t-il avec douceur, quand tu t’éloignes de moi comme ça ?

Elle esquissa un sourire.

— Je songeais à quel point il est idiot de ma part d’être ainsi irritée par ta compassion et par ton désir de guider Ice, quand ce sont justement ces caractéristiques qui m’ont séduite chez toi. Parmi tant d’autres.

Char serra le poing dans ses longs cheveux, portant la pointe d’une mèche rousse à ses lèvres.

— Je me souviens de toi en plein vol, Vashti. Quand je ferme les yeux, je te revois encore avec le soleil dans le dos, sa lumière qui illumine tes plumes émeraude. Pour moi, tu étais un vrai bijou, avec tes cheveux rubis et tes yeux saphir. J’en avais mal, chaque fois que je te voyais. Le désir de te toucher, de te goûter, de m’enfoncer en moi était si fort qu’il me procurait une douleur physique.

— De la poésie, mon amour ? le taquina-t-elle.

Pourtant, derrière la légèreté du ton, sa voix un peu trop rauque trahissait l’émotion provoquée par cet aveu. Il la connaissait si bien, lisait dans ses pensées avec une telle aisance. Il était sa moitié, la meilleure partie d’elle-même. Elle était aussi fantasque et capricieuse que lui était pondéré et constant. Elle était impatiente et souvent frustrée, tandis que lui se montrait rassurant et visionnaire.

— Tu es bien plus précieuse et désirable à mes yeux que tu l’étais alors, souffla-t-il en posant son front contre le sien. Car aujourd’hui tu es à moi. Totalement, entièrement. Et je suis à toi. Avec tous mes défauts et toutes mes qualités qui t’agacent.

Portant une main à sa nuque, elle lui prit la bouche dans un baiser avide et profond, de ceux qui vous donnent la chair de poule et vous coupent le souffle.

— Je t’aime.

Elle murmura ces mots contre ses lèvres, alors qu’elle le serrait de toute la force du bonheur qui la faisait bouillonner. C’était trop parfois, ça la submergeait, ça lui nouait la gorge, lui faisait monter aux yeux des larmes de gratitude. La puissance des sentiments qu’elle éprouvait pour son compagnon l’embarrassait. Il occupait ses pensées à chaque instant de ses journées, et souvent aussi de ses nuits.

— Je t’aime, Vashti. Ma Vashti, dit-il en écrasant son corps nu contre lui. Je sais que tu m’as accordé une liberté considérable en ce qui concerne Ice, en dépit de tes convictions. Il est temps pour moi de te payer en retour : je vais écouter tes conseils et le brider un peu plus.

Voilà encore une chose qu’elle adorait, chez lui : son sens de la justice et sa capacité à changer d’avis si besoin.

— Je te laisse t’occuper de lui, moi je m’occupe du problème de Torque. Et ce soir, on disparaîtra des écrans radar pour quelques jours. On a tous les deux travaillé dur dernièrement, on a bien mérité une pause.

Lui enveloppant la gorge de ses longs doigts délicats, il lui offrit un large sourire, les yeux allumés de promesses sensuelles et amoureuses.

— Avec un programme pareil, je vais faire en sorte de rentrer tôt.

— On va bien voir si Ice se montre coopératif sur ce point, murmura-t-elle. Parce qu’il est bien possible qu’il se soit dégoté la planque la plus inatteignable au monde.

Charron haussa un sourcil vengeur, avant de promettre :

— Rien ne m’empêchera de rentrer.

— Y a plutôt intérêt. (Elle se détourna et secoua les fesses devant lui.) Parce que ni Ice ni toi n’apprécierez, si je devais venir vous chercher.

À midi, Vashti entra de sa démarche chaloupée dans le bureau de Syre, un souvenir de sa dernière chasse à la main. Le chef des vampires n’était pas seul, mais elle n’avait aucun remords à l’interrompre. La femme qui l’accompagnait n’était que l’une des nombreuses humaines qui avaient attiré l’attention du vampire, avant de la perdre aussitôt. On avait beau les avertir, jamais elles ne voulaient croire qu’il était totalement inatteignable, avant de faire l’amère expérience de son désamour. C’était un homme passionné, mais ses attirances physiques ne se soldaient jamais par un attachement plus profond. Syre avait perdu ses ailes par amour, et puis il avait perdu la femme pour l’amour de laquelle il avait été châtié.

— Syre.

Il leva sur elle le regard nonchalant qui rendait folles les femmes. Il était debout, une hanche appuyée contre l’étagère encastrée dans le mur derrière son bureau. Vêtu d’un ample pantalon noir, extrêmement bien taillé, et d’une cravate de soie noire sur un chemisier blanc immaculé, il était à la fois élégant et terriblement séduisant. Ses cheveux d’un noir d’encre et sa peau couleur caramel lui conféraient un exotisme inclassable. D’Europe de l’Est, croyaient savoir certains. Syre avait été jadis l’un des favoris très aimés du Créateur. Ce qui expliquait, d’après Vashti, la sévérité de sa punition : plus on est haut, plus dure est la chute.

— Vashti, l’accueilla-t-il de sa voix aussi râpeuse et chaude qu’un bon whisky. Tout s’est passé comme prévu ?

— Bien sûr.

La blonde qui avait atteint le terme de son moment de grâce jeta à la vampire un regard noir. Comme la plupart des maîtresses de Syre, elle prenait le lien étroit qui l’unissait à son supérieur pour quelque chose de plus intime. En réalité, si leur relation était en effet personnelle et précieuse, elle n’avait rien d’intime ni de romantique. Vashti donnerait sa vie pour Syre sans une hésitation, mais l’amour qu’elle lui portait ne provenait que d’un profond respect, d’une loyauté sans faille et de la certitude qu’il mourrait tout aussi volontiers pour elle.

Vashti offrit à la femme un sourire empreint de pitié, ce qui ne l’empêcha pas de s’adresser à elle de façon abrupte, comme à son habitude.

— Ne l’appelez pas, c’est lui qui vous rappellera.

— Vashti… la gronda Syre.

Il était trop gentleman pour lancer les paroles définitives qui lui auraient pourtant évité bien des affrontements désagréables. Vashti quant à elle ne s’embarrassait pas de ce genre de scrupules.

— Il vous voulait, il vous a eue. Vous avez passé un bon moment, point barre.

— Vous êtes qui ? siffla la jolie blonde. Sa mère maquerelle ?

— Non. Sans quoi ça ferait de vous sa putain.

— Assez, Vashti.

La voix de Syre avait claqué tel un fouet.

— Vous crevez de jalousie, en fait, jeta la blonde dont les traits parfaits se tordaient de frustration et d’humiliation mêlées. Vous ne supportez pas qu’il soit avec moi.

C’était drôle comme ce déballage d’émotions contrastait avec sa façade immaculée. Le chignon lisse, le petit chapeau à la mode et le tailleur ultra féminin semblaient si décontractés, par comparaison avec sa réaction enflammée…

Malheureusement pour elle, cette pauvre femme ignorait à quel point elle était loin de la vérité. Vashti aurait tout donné, tout à l’exception de Charron, pour voir son patron comblé à nouveau. D’ailleurs, si cela avait pu être utile, elle serait allée jusqu’à démontrer à Syre qu’ils formaient un couple formidable – la blonde majestueuse et le prince débonnaire des Mille et Une Nuits. Mais ç’aurait été peine perdue, car le cœur que l’épouse mortelle de Syre avait su éveiller était mort avec elle.

— J’essaie juste de vous épargner des semaines d’automortification, répliqua Vashti, aussi aimablement que possible.

— Allez vous faire foutre.

— Diane, intervint Syre, en l’attrapant par le coude. Je suis désolé de devoir mettre un terme aussi abrupt à notre plaisante association, mais je ne puis autoriser quiconque à s’adresser à Vashti de cette manière.

Les yeux myosotis de Diane s’écarquillèrent et sa bouche peinte de rouge forma un O surpris. Elle se laissa entraîner vers la porte, en trébuchant.

— Et pourtant, tu la laisses me parler comme elle le fait ? Comment peux-tu… ?

Quand Syre revint seul, ses beaux traits étaient mornes.

— Tu es d’humeur massacrante, aujourd’hui, commenta-t-il sèchement.

— Je viens de t’épargner au minimum une semaine de supplications. Ne me remercie pas. Tu as besoin d’une maîtresse, Syre.

— Mes besoins sexuels ne te concernent en rien.

— Peut-être, mais ta santé mentale, si, rétorqua-t-elle du tac au tac. Trouve-toi quelqu’un dont tu apprécies la compagnie et garda-la auprès de toi. Qu’elle te dorlote un peu.

— Ma vie est bien assez compliquée comme ça.

— Ça n’a pas besoin d’être compliqué, fit remarquer Vashti en s’installant sur l’un des sièges face au bureau de Syre. Je te parle d’un arrangement d’affaires. Je t’avoue ne pas comprendre moi-même le concept, mais il se trouve que certaines femmes peuvent faire l’amour sans sentiments, juste pour le fun. Trouves-en une que tu paieras en retour.

Syre secoua la tête.

— Diane n’avait pas tort, tu es une mère maquerelle.

— Peut-être que tu as besoin d’en avoir une.

— La seule idée qu’une femme couche avec moi parce qu’elle y est obligée m’insulte.

Elle arqua un sourcil.

— Je ne vois pas une femme au monde qui considérerait ça comme une corvée.

Même elle, si heureuse qu’elle soit avec l’amour de sa vie, n’était pas insensible au sex-appeal de Syre, le genre d’homme qui vous touche directement entre les deux yeux au premier regard. Sensuel, séducteur, hypnotique, voilà ce qu’il était.

— Je t’en prie, arrête avec ça.

— Non, je n’arrêterai pas, s’obstina-t-elle. Tu as besoin de quelqu’un pour prendre soin de toi, Samyaza.

Elle avait utilisé à dessein son nom angélique, pour lui prouver son sérieux. Et au regard perçant que Syre lui lança, alors qu’il s’affalait dans son fauteuil, ça ne l’avait pas laissé de marbre.

— Non.

— Je n’ai pas dit qu’elle devait t’aimer, j’ai dit : « prendre soin de toi ». Quelqu’un qui te préparerait ton café le matin, juste comme tu l’aimes. Quelqu’un qui regarderait une rediffusion à la télé avec toi. Enfin, tu sais, quoi, quelqu’un qui serait là, qui te connaîtrait et te voudrait du bien.

Syre s’adossa à son siège, les bras sur les accoudoirs, mains jointes.

— À maintes reprises, on m’a demandé d’expliquer le lien qui nous unissait, toi et moi. Ce que tu représentais pour moi. Et je n’ai toujours pas réussi à trouver la réponse exacte. Tu es ma seconde, mais tu n’es pas seulement ma subordonnée. Nous sommes plus qu’amis, et pourtant je ne te vois pas comme une sœur. Je t’aime mais je ne suis pas amoureux de toi. Au même titre que n’importe quel homme, je suis sensible à ta beauté, sans pour autant avoir envie de coucher avec toi. Tu es la femme la plus importante de ma vie, je serais complètement perdu sans toi, mais jamais je ne voudrais habiter avec toi. Alors, Vashti, qu’est-ce que tu es pour moi ? Et qu’est-ce qui te donne le droit de discuter avec moi de sujets aussi personnels ?

Elle fronça les sourcils. Essayer de ranger leur relation dans une case, voilà bien une entreprise à laquelle elle ne s’était jamais hasardée. Car pour elle, ils étaient… eh bien, ils étaient, un point c’est tout. De bien des façons, elle se sentait comme une extension de Syre.

— Je suis ton bras droit, décréta-t-elle, faute de mieux, avant de lui envoyer l’objet qu’elle tenait à la main.

Il l’attrapa d’un geste preste et agile.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Un demi-talisman que j’ai subtilisé à la domestique d’Asmodeus. J’ai laissé l’autre moitié sur le tas de cendres qu’est devenu son corps quand je l’ai tuée. Lorsqu’il était encore entier, ce gri-gri portait l’emblème d’Asmodeus.

— Tu cherches à le narguer.

Vashti secoua la tête.

— Trois en deux semaines ? Ce n’est pas une coïncidence, Syre. Il autorise, peut-être même qu’il encourage ses sous-fifres à jouer avec nous. Nous constituons un lot de choix, puisqu’il nous voit comme des anges jetés aux ordures.

— Nous avons suffisamment d’ennemis comme ça.

— Non, nous avons des geôliers – les Sentinelles et leurs chiens de lycans. Les démons, eux, sont des ennemis potentiels, si nous ne les corrigeons pas. Bref, il faut marquer le coup.

— Ce n’est pas ainsi que je verrais les choses.

— Mais si. C’est d’ailleurs pour ça que tu m’as chargée de gérer les soucis liés aux démons. (Elle croisa ses longues jambes.) Tu peux signer des trêves de ton autre main, moi je suis la main qui les châtie.

Au bruit d’un tumulte dans le couloir, elle fut sur pied d’un mouvement agile, atteignit la porte ouverte à une vitesse surnaturelle, battant Syre d’une milliseconde.

Et ce qu’elle découvrit lui glaça les sangs.

Raze et Salem portaient un corps à l’intérieur de la maison. Un corps trop familier. Ils se dirigèrent directement vers la salle à manger, où ils le déposèrent sur la longue table ovale.

— Qu’est-ce qui s’est passé, bordel ? aboya-t-elle en les suivant dans la pièce.

Elle fixait le corps inanimé d’Ice. La peau du mignon, luisante, était noire de suie par endroits. Le sang qui imbibait son tee-shirt dégoulinait sur son jean jusqu’aux genoux. Et des déchirures dans ses vêtements révélaient des traces de griffures. De celles que causent les loups.

Elle s’approcha et immédiatement, il leva la main, à la vitesse de l’éclair, lui emprisonnant le poignet. Il ouvrit sur elle ses yeux injectés de sang.

— Char… aide…

L’espace d’un instant, la pièce tourbillonna autour de Vashti, puis tout entra à l’intérieur de son corps pour se coaguler avec une clarté glaçante.

— Vieux moulin. Les lycans… Aide-le…

Saisissant l’une des lames de Raze dans son dos, Vashti se précipita dans le crépuscule.

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