Sylvia Day
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May 6, 2015  •  J'ai Lu  •  9782290098516

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Épisode 1

En général, lorsque le téléphone de Jack Killigrew sonnait, c’est que la vie de quelqu’un était en jeu. En poste à Albuquerque, dans les bureaux de l’U.S. Marshals Service, il venait de poser un congé. Les seuls appels qu’il recevrait durant cette période seraient liés à son rôle au sein du groupe d’opérations spéciales. À ce titre, il était d’astreinte vingt-quatre heures sur vingt-quatre. On faisait appel à lui en dernier recours. Lorsqu’on sollicitait son unité d’intervention, composée de douze agents, c’est que l’heure était grave.

Toutes sortes d’émotions s’emparaient de Jack quand le devoir l’appelait. Autant dire que son quotidien était très mouvementé. Et pourtant, au moment présent, il aurait donné presque n’importe quoi pour être appelé en mission et rebrousser chemin.

Si ses collègues le voyaient dans cet état, ils se ficheraient sans doute de lui. Au fil des kilomètres, la tension montait en lui. Sa fonction de Marshal – de « Shadow Stalker » – l’amenait à se mesurer à des criminels sans scrupules, des terroristes, parfois même des kamikazes. Il pourchassait les fugitifs les plus recherchés du pays. Son travail, il l’exécutait de manière quasi mécanique, sans jamais défaillir. Ses camarades le surnommaient « L’homme de fer », en référence à son sang-froid à toute épreuve. En effet, Jack n’avait peur de rien, pas même de la mort. Il bravait le danger comme s’il n’avait rien à perdre.

Or, cet homme qui affrontait les pires truands frémissait à la seule idée de se retrouver face à Rachel Tse.

— Killigrew à l’appareil, annonça-t-il en décrochant son portable via la commande Bluetooth à son volant.

La route à deux voies était flanquée de champs cultivés. Avec son pick-up Chevy Silverado, il se voyait mal faire demi-tour, d’autant plus qu’il n’y avait pas de bande d’arrêt d’urgence.

Jack, dit une voix de femme à l’autre bout du fil.

Elle l’ébranla comme la nouvelle d’une fusillade.

— Rachel, répondit-il, confus. Tout va bien ?

— Oui, répliqua-t-elle d’une voix haletante qui le troubla. Je voulais juste savoir si tu arriverais à temps pour le déjeuner.

— Le déjeuner ?

Bon sang, la veuve de son meilleur ami l’appelait pour l’inviter à manger et lui, il avait une érection ! D’ailleurs, si elle était essoufflée, c’est sans doute parce qu’elle était en train de préparer l’anniversaire de son fils – le filleul de Jack –, un petit garçon de huit ans.

Bien qu’il n’ait pas vu Rachel depuis deux ans, son désir pour elle ne s’était pas estompé. Il avait repoussé ce moment le plus longtemps possible, par pure lâcheté. Mais l’heure était venue de prendre le problème à bras-le-corps. La dernière volonté de Steve l’avait rongé à tel point qu’il n’en dormait plus. Ça devenait dangereux. Jack ne pouvait pas laisser sa vie personnelle empiéter davantage sur son boulot et compromettre son travail d’équipe.

— Jack ? Tu es là ?

— Oui. J’étais juste en train d’évaluer mon temps de trajet. Je ne pense pas pouvoir arriver à l’heure.

Un long silence s’ensuivit, comme si elle avait perçu le mensonge dans sa voix.

Il avait horreur de lui raconter des bobards, mais il ne se sentait pas prêt à la voir le jour même. Il avait besoin d’un peu plus de temps pour s’y préparer. Cela faisait des années qu’il n’avait pas pris de congé et, sans son travail pour lui occuper l’esprit, il se rendait compte qu’elle accaparait ses pensées. Des visions d’elle le hantaient. Il s’imaginait empoigner sa chevelure châtain clair… glisser sa langue sur sa petite poitrine, leur pointe se durcissant à son contact… ses longues jambes souples s’écartant en guise d’invitation…

S’il voulait lui donner l’impression qu’elle ne l’intéressait pas, il devait à tout prix calmer ses ardeurs. Il n’en revenait toujours pas que Steve lui ait demandé de prendre soin d’elle si jamais il venait à disparaître. En fin de compte, il avait sûrement deviné les sentiments de Jack pour sa femme. Ce dernier avait beau les avoir dissimulés du mieux possible, il avait dû se trahir à un moment ou à un autre.

Steve se doutait donc que son meilleur ami était amoureux de Rachel. Aucun homme ne méritait de se retrouver dans cette posture. Cette pensée était insupportable à Jack.

— Où es-tu ? insista-t-elle.

— Je n’ai pas encore atteint King City.

En réalité, il avait dépassé cette ville depuis belle lurette. Il n’était plus qu’à une vingtaine de minutes de Monterey. Il allait faire un saut par l’agence chargée de louer son cottage de Carmel pour récupérer les clés. Puis il achèterait un pack de bières et se poserait chez lui peinard pour la soirée. Histoire de retrouver ses repères et se ressaisir. Le matin venu, il serait fin prêt à affronter Rachel.

— On n’a qu’à dîner ensemble alors. Riley dort chez un copain, ce qui va me permettre d’emballer ses cadeaux en cachette. On sera en tête à tête. Ça nous donnera l’occasion de bavarder un peu.

Rachel et lui, seul à seule, à la nuit tombée. Riley absent jusqu’au lendemain matin… Jack se doutait de ce qui trottait dans la tête de la jeune femme. Confuse, elle était prête à se jeter dans ses bras, s’imaginant que c’est ce que Steve aurait voulu. Croyant qu’il aurait souhaité qu’elle cherche refuge auprès de son meilleur ami si jamais elle se retrouvait veuve. Et pour honorer le vœu de son défunt mari, elle était capable de se forcer, quand bien même Jack la déstabilisait. Il y avait des signes qui ne trompaient pas. Jack avait l’habitude d’observer les gens, d’interpréter leurs pensées et d’anticiper leurs réactions. Dans son boulot, c’était son pain quotidien. Et même si Rachel lui faisait tourner la tête, il avait bien vu comment elle réagissait en sa présence. Dès qu’il pénétrait dans la même pièce qu’elle, elle ne tenait plus en place ; ses narines se dilataient, ses yeux s’écarquillaient. Une vraie pelote de nerfs. Et son trouble ne faisait qu’accroître le désir de Jack.

— Et si je vous invitais à prendre le petit déjeuner en ville tous les deux demain matin ? suggéra-t-il. Ensuite, je t’aiderai pour les derniers préparatifs de la fête.

— D’accord. Mais si jamais tu arrives plus tôt que prévu, passe-moi un coup de fil. Et sois prudent en chemin.

Le conseil de Rachel n’était pas anodin. Steve était mort dans un accident de voiture. Un chauffard ivre l’avait percuté de plein fouet, un soir, alors qu’il rentrait du travail, chamboulant la vie des Tse à jamais.

Jack raccrocha. Il se trémoussa sur son siège, ajustant son jean, dans lequel il se sentait à présent très à l’étroit. Il parvenait à Spreckles, une minuscule bourgade où la route serpentait dangereusement. Une route qui le menait sans doute à sa perte.

La semaine allait être longue.

Épisode 2

Jack déboucha sa quatrième bouteille de bière et jeta la capsule métallique dans la poubelle. Puis il sortit sur le petit patio clôturé situé à l’arrière de sa maison, derrière une porte vitrée coulissante. Ses pieds nus s’enfoncèrent dans le sable et il avala une grande rasade en observant d’un air songeur les rais de lumière ocre qui striaient le ciel, à l’ouest. À mesure que le soleil déclinait à l’horizon, la température chutait. Il faisait beaucoup plus frais qu’à Albuquerque, mais la seule pensée de Rachel suffisait à le réchauffer. Assez pour qu’il se balade torse nu.

Il commençait à regretter d’avoir bu. L’alcool n’apaisait pas sa flamme, bien au contraire. Il ne songeait qu’à Rachel, seule chez elle en ce moment même, à quelques kilomètres à peine de là. S’il se mettait en route sur-le-champ, dans moins d’une demi-heure, il serait en elle. Il la séduirait sans problème, il le savait. Il savait aussi qu’elle s’en mordrait les doigts le lendemain matin.

À vrai dire, elle n’avait absolument rien à se reprocher. Ce n’était pas sa faute s’il la désirait comme un fou. Elle ne lui avait jamais donné de faux espoirs, pas plus qu’elle ne l’avait aguiché. C’était une femme timide et effacée, sauf avec son cercle d’intimes. Sa discrétion était le résultat des années de brimades infligées, enfant, par une tante qui lui rabâchait sans cesse qu’elle était un fardeau. Elle s’était fait brutaliser pour un oui ou pour un non. Jack avait eu plus de chance dans son enfance. À condition qu’il se fasse petit, on lui avait fiché la paix.

Son portable retentit. Dans un juron, il le tira de sa poche. Sur l’écran s’afficha le numéro de Brian Simmons, un collègue qui lui avait sauvé la mise à plus d’une reprise.

— Killigrew à l’appareil.

— Alors, tu ne l’as pas encore vue ?

— Non.

— Mon vieux, à ta place, c’est la première halte que j’aurais faite. Réfléchis, elle a une pâtisserie. Si ça se trouve, elle est devenue obèse. Problème résolu.

— Riley m’envoie régulièrement des photos d’elle par e-mail. Malheureusement non, elle est toujours aussi bien roulée.

Quand bien même elle aurait pris du poids, ça n’aurait rien changé pour Jack. C’était l’ensemble qui l’attirait, pas seulement l’enveloppe. En outre, s’il la mettait dans son lit, au bout de quelques semaines, elle aurait perdu ses kilos superflus.

— Écoute, si tu te fâches avec elle, elle cessera de t’envoyer ses fameux cupcakes, et les gars au boulot te feront la peau. Et puis, songe à la chance que tu as. Moi, je donnerais n’importe quoi pour être avec Layla en ce moment. Ça me tue de savoir qu’elle est quelque part, en planque, et que je ne peux pas la voir.

Brian était amoureux d’une femme placée sous protection, dans le cadre du programme de défense des témoins.

— Toi tu n’as pas ce problème, poursuivit-il. Tu as le droit de l’approcher. Et même si je ne l’ai jamais vu de mes yeux, je suis sûr que tu peux te montrer charmant, Killigrew. Alors, un petit conseil : sors-lui le grand jeu et vois ce qui se passe.

Jack savait pertinemment qu’il n’était pas l’homme dont Rachel avait besoin. Il n’avait rien à lui offrir. Steve venait d’une famille nombreuse qui avait accueilli la jeune femme à bras ouverts. Jack, pour sa part, était seul au monde. À part son travail, il n’avait rien. Riley et Rachel étaient ses seuls proches. De son vivant, Steve avait été un mec stable et fiable, une épaule sur laquelle se reposer, un chiropracteur qui rentrait dîner tous les soirs et répondait présent tous les matins, au petit déjeuner. Jack, lui, était sans cesse sur le pied de guerre. Il ne savait jamais quand le devoir l’appellerait, pas plus qu’il ne pouvait deviner quand il rentrerait. Rachel avait subi assez de traumatismes dans son enfance. Elle avait eu plus que son lot de malheurs. La dernière chose dont elle avait besoin, c’était un homme qui la néglige.

— Elle mérite mieux.

— Ce n’est pas moi qui vais te contredire.

Sa réplique arracha un sourire à Jack, qui était pourtant résolu à se montrer désagréable.

— Va te faire voir, Brian.

— Appelle-moi en cas de besoin.

— Toi aussi.

Jack glissa son portable dans sa poche et s’apprêta à porter le goulot à ses lèvres quand le claquement d’une portière retentit dans l’allée.

Il pivota dans le sable et porta son regard vers la plage publique, au-delà de sa clôture. À l’angle de la maison apparut une robe rouge vif dissimulant un corps de sirène.

— Je me doutais que je te trouverais là ! s’exclama Rachel en lui adressant un signe de la main.

Elle se dirigea vers le portillon, un moule à gâteau à la main.

Jack aurait aimé se conduire en gentleman et lui tenir la porte, mais il resta cloué sur place, le regard vissé à Rachel. Elle s’était coupé les cheveux, et son carré décoiffé lui donnait un air moderne et sexy. Les boucles encadraient son visage, rehaussant la finesse de ses traits et soulignant la délicatesse de son cou. Quand elle passa devant lui, il découvrit l’échancrure de sa robe dos-nu. Retenue par de très fines bretelles, l’étoffe chutait sur ses reins, trahissant l’absence de soutien-gorge.

Doux Jésus. Il fallait qu’elle ait perdu la tête pour venir chez lui si légèrement vêtue.

— Qu’est-ce qui t’amène ? demanda-t-il d’un ton brusque, tiraillé par un profond désir.

Il se frotta le torse avec sa bouteille sans que cela le soulage le moins du monde.

— Tu as refusé le déjeuner et le dîner, mais tu n’as pas dit non au dessert.

Elle s’approcha de lui d’un pas plein d’assurance, ce qui le surprit. Sa jupe courte fendue au niveau de la cuisse droite dévoilait ses longues jambes fuselées. Depuis leur dernière rencontre, Rachel s’était enhardie. Car si elle ne l’avait jamais vraiment esquivé, c’était la première fois qu’elle osait l’aborder de front.

Elle se plaça devant lui et se hissa sur la pointe des pieds. Elle posa la main sur son buste et se pencha en avant pour lui planter un baiser sur la joue.

— Tu as une mine superbe, Jack. Ça me fait vraiment plaisir de te revoir.

Jack se demanda si elle avait conscience de l’inflexion suave de sa voix, de l’effet qu’elle produisait, de son cœur qui battait à tout rompre sous sa paume. Quoi qu’il en soit, il ne voulait pas qu’elle se donne à lui pour les mauvaises raisons. Parce qu’il avait été le meilleur ami de Steve, par exemple. Ou parce que c’est ce qu’il aurait voulu. Jack refusait qu’à travers lui, elle se raccroche au passé.

Elle recula d’un pas.

— Par contre, toi tu n’as pas l’air ravi de me voir.

Il inhala l’air marin.

— Je ne m’y attendais pas, Rachel. Tu me prends au dépourvu, mais dans le bon sens.

La jeune femme esquissa un sourire. Elle glissa ses doigts le long de son bras jusqu’à son poignet, puis elle lui prit la bouteille de la main. Elle porta la bouteille à sa bouche et avala une longue gorgée de bière, les lèvres enroulées autour du goulot.

Des images obscènes envahirent aussitôt l’esprit de Jack.

Elle le contourna et pénétra dans la maison sous son regard. Il ne s’était pas donné la peine d’allumer les lampes et elle ne le fit pas non plus. Les derniers rayons du soleil filtraient à travers les fenêtres. Guidée par leur faible éclairage, elle se dirigea jusqu’à la cuisine. Quelques secondes plus tard, une étincelle jaillit dans la pénombre, et la flamme d’une bougie se mit à vaciller dans la pièce. L’agence avait disséminé des chandelles ornées de coquillages à travers toute la maison afin de conférer aux lieux une atmosphère « bord de mer » destinée à appâter le client.

— J’avais oublié à quel point cet endroit est charmant, lança-t-elle.

Jack hésita à la rejoindre. Il pesa le pour et le contre, sachant qu’il jouait avec le feu.

— Je n’y suis pour rien. Tout est mis en scène par des professionnels de l’immobilier pour attirer les locataires saisonniers.

Elle alluma une autre bougie.

— Ce serait bien que tu passes plus de temps ici. On aimerait te voir plus souvent.

— J’y songe...

Au lieu de continuer à s’égosiller depuis le patio, il se décida à entrer dans le séjour.

— Je voudrais me consacrer davantage à Riley, maintenant qu’il a grandi.

— Il ne demande que ça, répondit-elle en lui tournant le dos pour fouiller dans les placards.

— Les assiettes sont à gauche du réfrigérateur, anticipa-t-il.

Il l’observa tandis qu’elle levait les bras pour attraper la vaisselle. L’ourlet de sa robe remonta de quelques centimètres. Il eut l’impression de se comporter comme un animal en rut et, honteux, détourna le regard quelques secondes.

— Qu’est-ce que tu m’as apporté ? s’enquit-il.

— Un gâteau « orgasmique ». C’est encore meilleur que le sexe !

Jack crut qu’elle plaisantait.

— Celui qui a inventé ce nom ne connaît pas grand-chose aux plaisirs de la chair.

Rachel partit d’un rire léger qui lui fit l’effet d’un coup de poing au ventre. Un rire contagieux. Les e-mails qu’elle lui envoyait avaient le même impact sur son humeur. Ces e-mails dans lesquels elle lui racontait ses coups de gueule contre certains clients insupportables, à la boutique. À plus d’une reprise, il était parti d’un fou rire devant son écran d’ordinateur, au grand étonnement de ses collègues de bureau. Elle était comme un rayon de soleil dans sa vie, et il craignait de n’apporter que de l’ombre à la sienne.

Et dire qu’il était tombé amoureux de la seule femme pour qui il n’était pas fait.

Rachel ôta ses sandales à talon près de l’îlot de cuisine, puis s’approcha de lui pieds-nus, une assiette à la main.

— Je fais une version cupcake de ce gâteau à la boutique. C’est l’un de ceux qui se vendent le mieux. Il rencontre un grand succès !

— Comme tout ce que tu fais. Tu es une pâtissière hors pair.

— Merci. En revanche, pour les barbecues, je suis nulle. Du coup je compte sur toi pour gérer les hotdogs et les hamburgers demain.

— Pas de problème. C’est en partie pour ça que je suis venu.

Elle arqua un sourcil.

— Attention, ne viens pas te plaindre après si je te prends au mot.

Son ton était ambivalent. Il se força à détourner les yeux et examina le gâteau arrosé d’un filet de caramel liquide. Il eut envie de lui badigeonner le corps de caramel, et de le lécher ensuite avec une extrême lenteur pour sentir sa peau sous sa langue.

— Tiens.

Elle planta la fourchette dans le gâteau et la tendit à Jack.

Il ouvrit la bouche et dégusta. La bouchée était succulente. La pâte était riche, mais pas trop.

— Très bon, dit-il.

Son compliment la fit rougir de plaisir.

— Mais au risque de te froisser, ajouta-t-il aussitôt, ça n’est quand même pas aussi bon qu’un orgasme.

Rachel le dévisagea longuement. Une étincelle espiègle illumina ses yeux bleus.

— Prouve-le-moi.

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