Sylvia Day
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May 4, 2016  •  J'ai Lu  •  9782290099766

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Épisode 1

Le 15 août à exactement 16 h 32, l'agent Brian Simmons reçut un double choc : le premier lui fut causé par l’apparition de Layla Creed, la femme qui hantait ses rêves ; le second par la détonation d’une grenade.

Brian perçut le sifflement de la bombe une seconde avant que le projectile ne frappe l’un des trois Chevrolet Suburbans stationnés là, dans l’attente de transporter Layla de sa cachette à l’aéroport de Baltimore- Washington. Il plongea ventre à terre et plaqua la jeune femme au sol, lui servant de bouclier.

Quelques secondes plus tard, le souffle de l’explosion les balaya tous les deux. Le choc de l’impact ébranla le corps mince de Layla, et Brian l’enveloppa dans ses bras pour la protéger. Le bourdonnement était assourdissant ; si puissant qu’il couvrit les hurlements de Layla. Brian sentit toutefois sa poitrine vibrer contre son torse.

Une pluie d’éclats d’obus les arrosa. Les flammes léchèrent leurs semelles. Il se mit debout dare-dare, l’aida à se relever, puis la reconduisit en toute hâte à l'intérieur du bâtiment qu’elle venait de quitter. C’était comme si on lui avait fourré du coton dans les oreilles, mais il resta focalisé sur son objectif : mettre Layla à l’abri.

Layla.

Dégainant son arme de service, Brian l’agrippa par le coude et l’entraîna à sa suite. Ils dépassèrent l’ascenseur et s’engouffrèrent dans la cage d’escalier. Il jeta un bref coup d’œil en l’air, envisageant de la ramener dans la chambre où elle avait passé la nuit. Mais il chassa vite cette idée et ensemble, ils dévalèrent les marches en direction du parking souterrain.

Quelqu'un avait révélé les coordonnées de la planque. Au moins deux agents venaient de perdre la vie, parmi lesquels un ami de longue date de Brian. Il se méfiait de tout le monde et, avec Layla dans la ligne de mire, il ne pouvait prendre aucun risque. Poussé par son instinct protecteur, il accéléra. Elle le suivit en trottinant sans lui lâcher la main tandis qu’ils descendaient l’escalier à la vitesse de l’éclair.

Ils franchirent la porte coupe-feu et surgirent dans le parking. Sur leur gauche, une Honda vert bouteille quittait une place en marche arrière. Brian se campa derrière en brandissant son insigne.

Dans le rétroviseur central, il croisa le regard béat de la conductrice.

— Veuillez sortir de votre véhicule, madame.

Une brune s’extirpa de derrière le volant, l’air apeuré, fixant son Glock avec des yeux ronds. Elle leva les mains en l’air, son sac à main pendouillant à son coude.

Il rengaina son arme et lui tendit sa carte de visite.

— Appelez à ce numéro. On vous dédommagera.

Le visage grave, Layla se glissa sur le siège passager sans se faire prier.

Brian sortait tout juste du parking quand le hurlement des sirènes retentit, annonçant l’arrivée des autorités locales et des pompiers. Dans le rétroviseur, il distingua les volutes de fumée noire qui s'élevaient dans le ciel. Il s’engagea sur la voie d’insertion et rejoignit l’autoroute.

Épisode 2

Agrippée au siège passager, Layla coula un regard à celui qu’elle n’avait pas vu depuis cinq ans. Il n’était pas comme dans ses rêves. Plus sec. Plus mince, peut-être. Néanmoins il arborait un air tout aussi menaçant. Il fallait avoir des pulsions suicidaires pour se confronter à Brian Simmons.

Ce qui ne l’avait pas empêchée, elle, de lui offrir sa virginité…

— Tu es blessée ? s’enquit-il en la transperçant de son regard vert limpide.

— Non, répondit-elle, une boule dans la gorge. Et Sam ? Et les autres ?

Elle avait la gorge sèche comme du papier de verre.

Il secoua la tête.

Doux Jésus. Son estomac se serra si fort qu’elle se crut sur le point de vomir. Sam Palmer était devenu son ami au fil des trois années qu’elle avait passées sous la protection de l’U.S. Marshals Service, dans la cadre du Programme de protection des témoins. Outre son titre, l’inspecteur avait été son seul lien avec la réalité. Les appels qu’il lui passait tous les mois pour s’assurer qu’elle allait bien lui avaient permis de se rappeler qui elle était vraiment, sous l’identité empruntée de Layla Cunningham. Layla Creed.

Et dire qu'elle avait autrefois mené une existence normale, dans sa ville natale, entourée de ses amis proches. Des gens à qui elle avait confié son désir pour l’homme assis à présent au volant. Et puis, en l'espace d'un week-end, elle avait tout perdu. Un week-end funeste où elle était partie faire la fête à Tijuana pour se changer les idées et tenter de se prouver qu’elle n’était plus amoureuse de Brian Simmons.

Ce dernier tira son portable de sa poche et appuya sur un numéro préenregistré.

— C'est la merde, annonça-t-il sans préambule à son interlocuteur. Ils ont visé le convoi avec un putain de lance-grenades.

Layla nageait en plein cauchemar. La voix familière de Brian, grave et légèrement enrouée, eut le mérite de l’apaiser. Elle rêvait souvent d’elle, de ses grognements de plaisir et des mots passionnés qu’il lui soufflait au creux de l’oreille quand ils faisaient l’amour. C’était un amant très expressif et sa franchise la poussait à l’audace. Avec lui, elle n’avait ni inhibitions ni hésitation.

Et dire qu'il aurait pu mourir aujourd’hui, sous ses yeux. C'était son pire cauchemar.

— Non, poursuivit-il. Je vais devoir l'exfiltrer tout seul d’une autre manière… Non, ça n’est pas envisageable non plus. Quelqu’un nous a trahis. Je ne sais plus en qui croire… Je t’assure qu’elle n’est pas responsable de la fuite… C’est Layla, Jim. Oui, cette Layla. Écoute, j’ai besoin d’un service. Récupère tes affaires dans la Bronco, place des gilets pare-balles et du matériel de camping dans le coffre, puis rends-toi à la station-service située au croisement de Main et Seventh Avenue. Dépose les clés dans le cendrier de la bagnole et va faire un tour… Merci, vieux. Je te revaudrai ça.

Il raccrocha.

Layla tâcha de retenir ses larmes. Elle ne posa aucune question. S’il était quelqu’un sur terre en qui elle avait une confiance aveugle, c’était bien Brian. Elle lui confierait sa vie sans hésiter. S’ils avaient rompu, c’était parce qu'il vivait trop dangereusement et n'accordait que peu de valeur à la sienne.

Ils s’engagèrent sur le parking d’un magasin. Il se gara sur une place située à une extrémité, près d'une pelouse. Il déposa les clés dans le cendrier, qu’il referma. Puis il ôta la batterie de son téléphone portable et jeta les deux parties désolidarisées sur la banquette arrière. Au même instant, celui de Layla retentit. Elle l’extirpa de son sac à main et le tendit à Brian, qui le démonta également.

— Il y a un distributeur de billets à l’intérieur. On va devoir retirer le maximum d'argent possible. Puis nous mettrons le cap sur la Californie. En chemin, on paiera tout en liquide – l’essence, la nourriture, le motel... On va acheter des vêtements et le nécessaire de toilette ici, et il faudra faire vite.

Elle hocha la tête, jeta un bref coup d’œil à ses lunettes cassées dans son sac avant de les abandonner dans la boîte de rangement.

— On se cache des gentils aussi ?

— Pour le moment, répliqua-t-il en jetant son téléphone sur la banquette arrière, qui alla rejoindre le sien. Allons-y.

Layla descendit de voiture. Son cœur battait à tout rompre. Ses paumes étaient moites et sa respiration précipitée. Elle contourna la voiture, il lui saisit la main et l’entraîna d’un pas rapide vers le magasin. À leur entrée, elle eut l’impression que tous les regards se braquèrent sur eux. Ses oreilles sifflaient encore à cause de l’explosion. Elle s’agrippa à lui.

Brian exerça une pression dans sa main pour la rassurer tout approchant son visage du sien. Elle lut sur ses lèvres :

— Tout va bien, ma puce. Je suis là.

Il lui avait susurré les mêmes mots quand il lui avait donné son premier orgasme. Elle sentait encore son souffle humide contre les replis de sa féminité. À ce souvenir, si vivace en dépit des années écoulées, un frisson la parcourut. Il lui lâcha la main et passa le bras autour de ses épaules tout en faisant attention à ce que l’encolure déboutonnée de sa chemise ne révèle pas son holster d'épaule.

— Tu es encore sous le choc, lui glissa-t-il à l’oreille d'une voix qui la fit frémir. Ne me lâche pas et tout ira bien.

Elle se blottit contre son corps svelte et musclé, et sa chaleur l’enveloppa. Elle s’en imprégna, un bras autour de sa taille. Il portait des Doc Martens, un jean large et une chemise ultra douce. Elle la lui aurait sans doute chipée s’ils formaient encore un couple.

Brian prit un caddie et la guida à travers le magasin, d'un pas rapide et efficace. Il pensa à tout – sous-vêtements, brosses à dents, portables prépayés et valises à roulettes. Ils se séparèrent un bref instant, le temps qu’il prenne des rasoirs et qu’elle choisisse quelques vêtements de rechange. Moins de vingt minutes plus tard, ils faisaient la queue à la caisse. Ensuite, ils retirèrent mille cinq cent dollars au distributeur automatique. Puis au lieu de regagner la pelouse située à l'arrière du magasin, ils sortirent par l’entrée principale. Brian s’arrêta près d’un banc, à quelques pas de la porte, pour fourrer tous les vêtements dans un premier sac et les autres articles dans un second.

— On va traverser la rue, dit-il.

Il marqua une pause et l’observa en silence. Il tendit alors le bras vers elle, posa une main sur sa nuque, l’autre sur sa hanche, puis l’attira contre lui. Leurs fronts se touchèrent.

— Tu es très courageuse, ma puce, je suis fier de toi.

Ses yeux la picotèrent.

— Je ne suis plus une petite fille, Brian.

— Crois-moi, Layla, je le sais.

Il la lâcha, piocha deux casquettes de baseball dans un des sacs et en posa une sur sa tête, engouffrant les doigts dans ses boucles noires, comme s'il ne pouvait pas s'en empêcher.

— Une fois dans la voiture, change de haut et attache-toi les cheveux.

— D’accord.

Il ramassa les sacs et ils traversèrent la route, abandonnant la Honda sur le parking, derrière eux. Brian avançait avec nonchalance, mais elle savait qu’il était à l'affût du moindre signe suspect. De tempérament vigilant, il l'était d’autant plus avec elle. Non seulement parce qu’elle était un témoin sous protection, mais aussi parce qu’elle était la petite sœur de son meilleur ami, et la femme qu’il avait autrefois aimée.

Ils s'approchèrent d'une Bronco cabossée garée sur le côté d'une supérette. Brian jeta ce qu’il portait sur la banquette arrière par la vitre abaissée.

— Grimpe.

Une fois au volant, il lui remit un gilet pare-balles qu’il trouva dans le véhicule.

Cinq minutes plus tard, ils roulaient de nouveau sur l’I-70.

 

 

Brian ôta sa casquette et la jeta par terre, à l'arrière. Layla se mit en devoir d’ôter son tee-shirt. Du coin de l’œil, il remarqua qu’elle portait un soutien-gorge bleu sarcelle en dentelle assorti à ses yeux ; il eut toutes les peines du monde à garder le regard fixé sur la route.

— Alors, cette voiture appartient à un Marshal ? Ou à un SEAL ? demanda-t-elle.

— Pourquoi pas à un simple civil ?

— Avec toi, non, c’est impossible. Tout est en rapport de près ou de loin à ton travail. Que tu sois en service ou pas.

Raison pour laquelle elle l’avait quitté.

— À un Marshal.

Elle farfouilla dans les vêtements qu’il avait placés à ses pieds.

— Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?

À présent qu’ils roulaient, Brian s’était un chouïa détendu, mais il ne serait complètement serein qu’une fois que Layla aurait témoigné. Il aperçut la cicatrice d’une balle dans son dos, ainsi que les bleus qui s’étaient rapidement épanoui sur ses coudes après qu’il l’eut plaquée au sol, au moment de l'explosion. Ses mâchoires se contractèrent à nouveau.

— On va rejoindre San Diego. En roulant quatorze heures par jour, on y sera pile pour le procès. Désolé, ça ne te laissera pas beaucoup de temps pour revoir ton témoignage avec le substitut du procureur.

Elle poussa un long soupir et se carra dans son siège.

— Eh bien… c'est un moindre mal. Mieux vaut rater la phase préparatoire que mourir.

C'était un sacré euphémisme... Layla tout craché. Il avait toujours admiré son sang-froid. Fille et sœur de SEALs, elle avait de qui tenir. Le jour de ses dix-huit ans, à sa fête d’anniversaire, elle lui avait lancé sans détour : « Assez joué, Brian. Soit tu sors avec moi, soit tu dégages. J’ai l’embarras du choix, tu sais. »

Jusque-là, il s’était résolu à prendre son mal en patience, préférant attendre qu’elle finisse ses études et vole de ses propres ailes. Il savait que, une fois qu’il l’aurait eue, leur avenir serait scellé à jamais. Ils seraient unis jusqu’à ce que la mort les sépare.

Mais l’idée qu’elle flirte, rie, s’amuse et couche avec d’autres garçons l'avait hérissé. Du coup, il avait cédé.

Ses mains se cramponnèrent au volant.

— Raconte-moi ce qui s’est passé.

Elle lui lança un bref coup d’œil avant de passer un tee-shirt neuf. Puis elle enfila par-dessus un blouson avec des gestes impatients.

— Tu veux parler de quoi ?

— Dis-moi comment tu t’es retrouvée dans cette mouise.

Elle s’enfonça dans son siège et boucla sa ceinture.

— Steph et moi, nous avions mis le cap sur Rosarito et Tijuana pour  les vacances de printemps. C'est là qu'elle a rencontré un mec. À Papas and Beer, une boîte de Rosarito. Elle voulait à tout prix se le taper. Vu qu'elle était ivre, je me suis sentie obligée de la suivre. Je n’allais pas la laisser partir seule avec un inconnu. Du coup, il a rameuté un de ses copains et on est tous retournés à Tijuana en voiture.

— Qu’est-ce que tu avais dans la tête ! aboya-t-il.

— Où est le problème, monsieur l'agent ? Il n’y a que vous qui puissiez vivre dangereusement ?

— Je t’interdis de comparer mon travail à une virée d’adolescentes écervelées.

Layla contempla le paysage par la vitre du passager, son corps menu exhalant la frustration. Elle avait toujours désapprouvé le job de Brian. Ce qui avait fini par causer leur rupture.

Ce dernier la savait fermement opposée à l’armée. Il fallait dire qu'elle avait perdu son père et son frère coup sur coup. Aussi, au terme de son service naval, il s’était arrangé pour rester aux États-Unis en incorporant l'U.S. Marshals Service. Si elle n’avait pas sauté de joie à cette nouvelle, elle avait toléré son choix. Tout du moins jusqu’à ce qu’il intègre le groupe des Shadow Stalkers.

— Continue, dit-il d’une voix tendue.

— Pour qu’ensuite tu me sermonnes ? Ça te plaît de me traiter comme une gamine ?

Il passa sa main dans ses cheveux.

— Layla. C’est plus fort que moi. Quand je te sais en danger, je perds les pédales.

Elle lui adressa un regard glacial, un de ces regards qui lui retournaient l’estomac.

— Maintenant, tu sais ce que ça fait de se ronger les sangs pour quelqu'un.

Brian accusa le coup sans broncher. À l'époque, il s’était fourvoyé en imaginant qu’elle se raviserait et finirait par accepter son choix. Bien au contraire. Elle avait rompu avec lui. Puis elle s'était retrouvée mêlée à une histoire de règlements de comptes et avait reçu une balle. À la suite de quoi elle avait été prise en charge par WITSEC. En intégrant ce programme, elle avait rejoint son monde. Seulement, au lieu de les rapprocher, cela les avait éloignés plus que jamais. La vie était d'une cruelle ironie.

— On est retournés à Tijuana, reprit-elle. On n'était plus très loin de la frontière quand la voiture a ralenti pour prendre un virage. C'est alors que deux hommes ont jailli de l’ombre et se sont mis à nous tirer dessus. On était cernés. Le mec qui nous avait rejoints à la dernière minute s’est faufilé dehors par la portière du passager et je me suis précipitée à sa suite. C’est là que j’ai reçu une balle. Lui aussi. Il s’est mis devant moi mais je pense qu’ils le voulaient vivant, parce que les coups de feu ont cessé. À mon avis, ce mec savait qu’ils ne lui tireraient pas dessus, et c’est pour ça qu’il s'est placé devant moi. Pour me sauver la vie.

Sa voix s’éteignit peu à peu de sorte qu’il distingua à peine le dernier mot.

— C’était l’agent sous couverture de la DEA ? Le dénommé Sandoval ?

Layla hocha la tête en signe d’acquiescement.

— Ricardo Sandoval. Je ne l’ai su que plus tard. Face à nous, le tireur pointait son semi-automatique…Ce type, je l’ai regardé droit dans les yeux. Je me rappelle encore son expression de joie malsaine.

— Angel Martinez.

C’était à cause de son témoignage contre Martinez, l’un des commandants en chef du cartel, que Layla était en danger de mort. C'était un gros poisson. Autrement, aujourd'hui, le groupe n’aurait jamais tenté une offensive de cette envergure sur le sol américain.

— Oui. Martinez. L’agent Sandoval lui a planté sa lame dans la cuisse. Le sang s’est mis à gicler partout et Martinez s’est affalé de tout son poids par terre. Ses acolytes se sont remis à tirer dans tous les sens cette fois. C’était le chaos absolu. Martinez braillait. Sandoval m’a alors attirée à l’arrière du véhicule et on s’est engouffrés dans une allée qui débouchait sur une rue animée. Des hommes qui parlaient anglais faisaient la fête non loin de là. J’ai crié à l’aide. Il s’est avéré que c’étaient des marins de Pendleton. Ils nous ont raccompagnés à la frontière. L’agent Sandoval est mort plus tard cette nuit-là.

Le meurtre de Sandoval avait alors défrayé la chronique. La violence de l’attaque avait remué le public, déjà sensibilisé par la torture à mort d’Enrique Camarena par le même cartel. Dans les rapports officiels, Layla avait été évoquée comme le « témoin non identifié ». Et même si Brian connaissait déjà l’histoire, l’entendre de sa bouche l'ébranla. Bon sang, elle aurait dû être à ses côtés au lieu de se retrouver mêlée à une sombre histoire de drogues. Elle l’aurait été s’il n’avait pas été si borné !

— Tu fais toujours des cauchemars, ma puce ? demanda-t-il.

Elle lui adressa un regard interrogateur et chassa les mèches rebelles de son front.

— Comment es-tu au courant ?

Il lui prit la main.

— Je te connais. Tu ne montres pas grand-chose mais ça ne veut pas dire que tu ne souffres pas.

Elle posa les yeux sur leurs mains entrelacées.

— Toi non plus, tu ne montres pas grand-chose, dit-elle d’une voix à peine audible.

Brian ne savait pas si elle faisait référence à la mort de Jacob, le frère de Layla et meilleur ami de Brian, ou à leur rupture. Dans un cas comme dans l'autre, il avait refoulé ses émotions.

— Si, parfois ça m'arrive.

Elle retira sa main.

— Je t’ai vu rire et péter les plombs, mais je ne t’ai jamais vu pleurer. Quand j’ai rompu avec toi, tu n’as même pas cillé. J’aurais dû me douter que tu réagirais comme ça. J’étais sans doute trop jeune et trop naïve.

Il crispa le poing. Sa paume lui parut soudain vide, privée de la chaleur de la sienne. Son fichu orgueil lui avait causé du tort par le passé ; à présent, il lui nouait la gorge, l’empêchant de prononcer les mots qui le détruiraient si jamais elle les lui renvoyait en pleine figure.

Pourtant, il ne put se résoudre à se taire complètement.

— Tu comptais beaucoup pour moi, et tu le savais, Layla.

— Je savais que je ne te suffisais pas. À part Jacob et nos incroyables parties de jambes en l’air, nous n'avions pas grand-chose en commun.

Il consulta le rétroviseur pour la énième fois afin de s’assurer qu’on ne les filait pas.

— Tu dis n’importe quoi. Si le sexe était si bon entre nous, c’est parce qu’on avait quelque chose de spécial, toi et moi.

— Dans ce cas, pourquoi tu ne m’as pas couru après quand je t’ai quitté ?

Voilà. Putain d’erreur colossale numéro un.

— J’ai cru que tu avais besoin d’un peu de temps.

— Non, protesta-t-elle en posant le coude sur le rebord de la vitre et en appuyant sa tête dans sa paume. Tu pensais que j’avais besoin de mûrir. À tes yeux je serai toujours la petite sœur de Jacob. Mes seins ont beau avoir poussé, tu ne me traiteras jamais comme une adulte.

— Tu commences à m’énerver.

— J’ai touché une corde sensible ? le taquina-t-elle en affichant un sourire espiègle qui lui causa une érection.

— Non, ma chérie. Tu es trop à côté de la plaque pour cela.

Elle minimisait les sentiments qu’il avait pour elle. Certes, le sexe entre eux avait toujours été torride – c'était un aspect de leur relation qui ne leur avait jamais causé le moindre problème –, mais c'était plus profond que cela. Il l’aimait. D’un amour qui le consumait à petit feu. Au cours des cinq dernières années, il y avait eu des moments où il aurait donné n'importe quoi pour la voir, entendre sa voix et la serrer dans ses bras.

Le silence s’abattit entre eux, un silence épais, empli de non-dits. À mesure que les kilomètres défilaient, ils se rapprochaient de l’endroit où il allait de nouveau la perdre. Une fois qu’elle aurait témoigné, elle serait une fois encore isolée par le programme de protection des témoins. On lui assignerait une nouvelle identité, un nouveau domicile, un nouveau travail, et un nouvel agent, qui serait chargé de son suivi. Brian avait trois jours pour clarifier les malentendus et arranger la situation. Trois jours pour rappeler à Layla qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. Elle n’avait pas d’autre alternative que de l’écouter. Ils étaient seuls. Autrement dit, personne ne pourrait venir mettre son grain de sel.

Or, il était parfaitement capable de tout saccager à lui seul.

Le temps lui filait entre les doigts et pourtant, il demeurait silencieux, les mâchoires contractées et le ventre noué. Terrifié à l’idée qu’elle ait tourné la page. Elle avait mûri depuis leur rupture. Pour sa part, il n’avait pas changé. Il était toujours un peu brut de décoffrage et incapable d’exprimer ce qu’il ressentait pour celle qui comptait le plus à ses yeux.

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