Sylvia Day
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Aug 28, 2013  •  J'ai Lu  •  978-2290069813

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Épisode 1

Les chauffeurs de taxi new-yorkais constituent une race à part. Intrépides à l’excès, ils se faufilent dans les encombrements à une vitesse folle tout en affichant un calme olympien. Pour ne pas perdre complètement la boule, j’avais donc pris l’habitude de me concentrer sur l’écran de mon smartphone plutôt que sur les voitures entre lesquelles ils zigzaguaient. Parce que si je me risquais à lever le nez, j’enfonçais aussitôt une pédale de frein imaginaire en un réflexe pavlovien.

Ce soir-là, cependant, je n’avais pas besoin de distraction. Le cours de krav maga dont je sortais m’avait lessivée, et je ne cessais de penser encore et toujours à ce que l’homme que j’aimais avait fait.

Gideon Cross. À la simple évocation de son nom, une bouffée de désir me submergeait. Depuis que j’avais posé les yeux sur lui pour la première fois – que j’avais perçu, au-delà du physique fascinant, les ténèbres qui l’habitaient –, j’avais ressenti cette irrésistible attraction qui naît de la rencontre avec l’autre moitié de soi-même. J’avais besoin de lui comme j’avais besoin de respirer, or il s’était mis en danger, il avait pris le risque de tout perdre – pour moi.

Un coup de klaxon me ramena brutalement au présent.

De l’autre côté du pare-brise, Cary Taylor, mon colocataire, me gratifia de son sourire étincelant depuis l’affiche qui s’étalait sur l’autobus qui nous bloquait le passage à un carrefour. Le chauffeur actionna l’avertisseur à plusieurs reprises comme si cela suffisait à dégager la route.

Cary ne bougea pas d’un pouce. Allongé sur le flanc, pieds et torse nus, la braguette déboutonnée de son jean laissait apparaître l’élastique de son caleçon et soulignait ses abdominaux d’acier. Ses cheveux châtain clair étaient délicieusement ébouriffés et une lueur malicieuse étincelait dans son regard d’émeraude.

Je réalisais soudain, et ce fut un choc, que j’allais devoir dissimuler à mon meilleur ami un terrible secret.

Depuis des années, Cary était mon roc, la voix de la raison, l’épaule sur laquelle je pouvais toujours m’appuyer quoi qu’il advienne – un véritable frère. Et l’idée de lui taire ce que Gideon avait accompli pour moi m’était insupportable.

J’avais besoin d’en parler, besoin d’aide pour analyser les émotions que son acte m’inspirait, mais il était impossible que je me confie à qui que ce soit. Tant d’un point de vue éthique que légal, notre thérapeute lui-même ne pourrait nous garantir le secret.

Un agent de la circulation engoncé dans un gilet jaune fluo surgit soudain au carrefour et, d’un geste autoritaire accompagné de coups de sifflets stridents, obligea le bus à regagner sa file. Il nous fit alors signe de franchir le carrefour, juste avant que le feu passe au rouge. Les bras croisés, je tâchai de me calmer en me balançant d’avant en arrière.

Le trajet depuis le penthouse de Gideon sur la Cinquième Avenue jusqu’à mon appartement de l’Upper West Side n’était pas bien long, pourtant j’avais l’impression qu’il n’en finissait pas. Ce que l’inspectrice Shelley Graves m’avait appris quelques heures auparavant avait bouleversé ma vie et m’avait également contrainte à abandonner la seule et unique personne avec laquelle je voulais vivre.

J’avais dû quitter Gideon parce que je ne pouvais pas me fier aux motivations de Graves. L’inspectrice m’avait peut-être confié ses soupçons dans l’espoir que je coure le rejoindre, lui apportant ainsi la preuve que notre rupture n’était qu’une mise en scène.

Mon cœur cognait dans ma poitrine. Gideon avait besoin de moi – autant, si ce n’est plus, que j’avais besoin de lui –, et pourtant j’étais partie.

Le désespoir que j’avais lu dans son regard juste lorsque les portes de son ascenseur privé s’étaient refermées m’avait anéantie.

Le taxi s’engagea dans ma rue. Quelques secondes plus tard, il s’arrêtait devant mon immeuble. Le portier de nuit m’ouvrit la portière avant que j’aie le temps de demander au chauffeur de me ramener chez Gideon, et une bouffée d’air moite s’engouffra dans l’habitacle.

— Bonsoir, mademoiselle Tramell, me dit-il en effleurant la visière de sa casquette.

Une fois que j’eus réglé la course, je pris la main qu’il me tendait pour sortir de la voiture et sentis son regard s’attarder un bref instant sur mes joues striées de larmes.

Je plaquai sur mes lèvres un sourire faussement serein et me ruai dans le hall. Je me dépêchai de gagner l’ascenseur, saluant au passage le veilleur de nuit.

— Eva !

Je tournai vivement la tête. Assise un peu à l’écart, une jeune femme svelte, en jupe et chemisier élégants, se leva. Son épaisse chevelure brune retombait en boucles souples sur ses épaules et son gloss rose mettait en valeur ses lèvres pulpeuses. Je fronçai les sourcils – je ne croyais pas la connaître.

— Oui ? répondis-je, méfiante.

Son expression avide m’alarma. En dépit de mon abattement, je me redressai et pivotai pour lui faire face.

Elle me rejoignit, me tendit une main parfaitement manucurée.

— Deanna Johnson. Journaliste indépendante.

Je haussai un sourcil interrogateur.

Elle rit.

— Inutile d’être aussi soupçonneuse. J’aimerais seulement bavarder avec vous un instant. Je travaille sur un sujet et je pense que vous pourriez m’aider.

— Ne le prenez pas mal, mais je ne vois pas de quoi j’aurais envie de parler avec un journaliste.

— Pas même de Gideon Cross ?

Les poils se dressèrent sur ma nuque.

— Surtout pas de Gideon Cross.

Gideon figurait au palmarès des vingt-cinq personnes les plus riches du monde, et rien qu’à ce titre, il attirait quotidiennement l’attention des médias. Pour l’heure, ce qui les intéressait, c’était qu’il m’avait quittée pour se remettre avec son ex-fiancée.

Deanna croisa les bras, un geste qui fit ressortir sa poitrine.

— Allons, Eva, je peux m’arranger pour ne jamais citer votre nom, proposa-t-elle pour m’amadouer. Et ne rien dire qui permette de vous identifier. C’est une occasion unique de vous venger que je vous offre.

Un nœud se forma au creux de mon estomac. Elle avait tout pour plaire à Gideon : grande, mince, brune, peau mate. Tout le contraire de moi.

— Vous êtes sûre de vouloir vous engager dans cette voie ? m’enquis-je d’un ton posé même si j’étais sûre que cette femme avait un jour couché avec l’homme que j’aimais. Personnellement, je n’aimerais pas figurer parmi ses ennemis.

— Vous avez peur de lui ? Pas moi. Son argent ne lui donne pas tous les droits.

Je me souvins d’avoir entendu le Dr Terrence Lucas – qui ne portait pas non plus Gideon dans son cœur– tenir des propos similaires. Alors même que je savais de quoi Gideon était capable, jusqu’où il irait pour me protéger, je répondis sans la moindre hésitation :

— Non, je n’ai pas peur de lui. Cependant j’ai appris à ne me battre que lorsque c’est nécessaire. En l’occurrence, tourner la page constitue pour moi la meilleure des vengeances.

Elle releva le menton.

— Tout le monde ne peut pas se vanter d’avoir une rock star qui l’attend en coulisses.

Je réprimais un soupir à l’évocation de mon ex, Brett Kline, chanteur des Six-Ninths, le groupe de rock qui montait. À l’instar de Gideon, le sex-appeal de Brett vous atteignait de plein fouet. Mais contrairement à Gideon, Brett n’était pas l’amour de ma vie, et il était hors de question que je m’aventure de nouveau dans son univers.

Deanna sortit une carte de visite de sa poche.

— Bientôt, vous allez réaliser que Gideon Cross s’est servi de vous pour rendre Corinne Giroux jalouse et la récupérer. Quand cette idée aura fait son chemin dans votre tête, appelez-moi. Je serai là.

Je pris sa carte.

— Pourquoi pensez-vous que je sais des choses qui valent la peine d’être partagées ? demandai-je.

Elle pinça les lèvres.

— Parce que quelles qu’aient été les motivations de Cross, vous êtes parvenue à l’atteindre. L’homme de glace a quelque peu fondu pour vous.

— Possible, mais c’est de l’histoire ancienne.

— Il n’empêche que vous savez des choses, Eva. Je peux vous aider à sélectionner celles qui méritent d’être dévoilées.

— Quel serait votre angle d’approche ?

Pas question que je reste les bras croisés alors qu’un danger menaçait Gideon. Si cette femme avait décidé de lui nuire, j’étais déterminée à l’en empêcher.

— Cross a une part d’ombre.

— Comme tout le monde, non ?

Qu’avait-elle deviné chez Gideon ? Que lui avait-il révélé au cours de leur… relation ? Si tant est qu’ils en aient eu une.

Je n’étais pas certaine d’être jamais capable de penser à Gideon ayant eu une relation intime avec une autre femme sans éprouver une bouffée de jalousie féroce.

— On pourrait aller quelque part pour en discuter, suggéra-t-elle, mielleuse.

Je jetai un coup d’œil aux réceptionnistes qui s’appliquaient poliment à nous ignorer. J’étais encore trop à vif, trop perturbée par les révélations de l’inspectrice Graves pour affronter Deanna.

— Une autre fois, peut-être, répondis-je, soucieuse de ne pas fermer définitivement la porte afin de la garder à l’œil.

Comme s’il avait perçu mon malaise, Chad, l’un des réceptionnistes, s’approcha.

— Mlle Johnson s’apprêtait à partir, annonçai-je, soulagée.

Si l’inspectrice Graves n’avait pas réussi à épingler Gideon, ce n’était pas une petite journaliste indépendante qui risquait d’y parvenir, tentai-je de me rassurer.

Hélas, je savais quel genre d’informations pouvait fuiter de sources policières, et à quel point c’était courant ! Mon père, Victor Reyes, étant flic, j’avais entendu quantité de choses à ce sujet.

— Bonne nuit, Deanna, dis-je en me tournant vers les ascenseurs.

— J’attends de vos nouvelles, lança-t-elle dans mon dos.

Je montai dans la cabine et appuyai sur le bouton de mon étage. Une fois les portes refermées, je me laissai aller contre la paroi. Il fallait absolument que j’avertisse Gideon, mais je ne disposais d’aucun moyen discret et sûr de le contacter.

La douleur qui me comprimait la poitrine s’intensifia. Notre relation prenait l’eau de partout. Nous ne pouvions même plus communiquer normalement.

Un instant plus tard, je pénétrai dans mon appartement, traversai le séjour et déposai mon sac sur l’un des tabourets du comptoir de la cuisine. La vue imprenable sur Manhattan qui s’encadrait dans la baie vitrée me laissa de marbre. J’étais trop bouleversée pour m’intéresser à mon environnement. La seule chose qui m’importait, c’était que je n’étais pas avec Gideon.

Alors que je m’engageais dans le couloir pour gagner ma chambre, j’entendis un bruit de musique étouffé s’échapper de celle de Cary. Avait-il de la compagnie, ce soir ? Et si oui, qui ? Mon meilleur ami avait décidé de jongler avec deux histoires en même temps – l’une avec une femme qui l’acceptait tel qu’il était et l’autre avec un homme qui ne supportait pas qu’il voie quelqu’un d’autre.

J’entrai dans ma chambre et fonçai droit dans la salle de bains. Je laissai tomber mes vêtements sur le carrelage tout en me dirigeant vers la cabine de douche. Tandis que je me savonnais, je ne pus m’empêcher de repenser à toutes les fois où j’avais partagé une douche avec Gideon, à toutes ces fois où le désir que nous avions l’un de l’autre s’était exprimé de la manière la plus érotique qui soit.

Il me manquait tellement.

J’avais besoin de ses caresses, de son désir, de son amour. La faim que j’avais de sa présence me tenaillait, me laissait fébrile et agitée. Je me demandai comment j’allais réussir à m’endormir alors que j’ignorais quand j’aurais l’occasion de lui parler à nouveau. Nous avions tant de choses à nous dire.

Enveloppée dans une grande serviette, je sortis de la salle de bains…

Gideon se tenait devant la porte fermée de ma chambre. Le choc que j’en éprouvais fut proprement physique. Le souffle coupé, je sentis mon cœur s’emballer, tandis qu’une puissante vague de désir me balayait. Je réagissais comme si je ne l’avais pas vu depuis des années, et non à peine une heure.

Je lui avais donné ma clef, même s’il était propriétaire de l’immeuble. Un avantage qui lui permettait de me rejoindre sans laisser de traces… de la même façon qu’il avait été en mesure d’atteindre Nathan.

— Tu prends des risques en venant ici, lui rappelai-je.

Ce qui ne m’empêchait pas d’être aux anges. Je le dévorai des yeux, m’abîmai dans la contemplation de son corps.

En pantalon de jogging noir et sweatshirt de l’université de Columbia, il avait l’allure de l’homme de vingt-huit ans qu’il était, et non celle du puissant milliardaire que le reste du monde connaissait. Une casquette des Yankees était vissée sur sa tête. L’ombre que la visière projetait sur son visage ne parvenait pas à dissimuler l’intensité de son regard bleu. Un regard qui me détaillait farouchement, ses lèvres sensuelles formant un pli dur.

— Je ne pouvais pas rester loin de toi.

Gideon Cross était l’homme le plus séduisant qu’il m’ait été donné de rencontrer. Il était si beau que les gens se retournaient sur son passage. J’avais vu en lui un véritable dieu du sexe, et les démonstrations – aussi fréquentes qu’enthousiastes – dont il m’avait gratifiée dans ce domaine m’avaient donné raison, mais je savais aussi qu’il n’était que trop humain, et que, tout comme moi, il y avait en lui des failles béantes.

À priori, notre union était vouée à l’échec.

Sa présence eut pour effet immédiat de desserrer l’étau qui m’oppressait. Malgré la distance qui nous séparait, je ressentais l’attraction presque magnétique que la proximité de l’autre moitié de moi-même exerçait tout naturellement. Nous étions attirés l’un vers l’autre, inexorablement, depuis notre toute première rencontre. Nous avions pris cette fascination mutuelle pour du désir sexuel, jusqu’à ce que nous réalisions que nous ne pouvions respirer l’un sans l’autre.

Je luttai pour ne pas courir me jeter dans ses bras, alors que j’en mourais d’envie, parce qu’il était trop calme, trop maître de lui. J’attendis avec une exquise impatience qu’il m’y autorise.

Mon Dieu, comme je l’aimais !

Il serra les poings.

— J’ai besoin de toi.

— Rien ne t’oblige à paraître aussi heureux, le taquinai-je, le souffle court, pour détendre l’atmosphère.

Je l’aimais. Sauvagement. Tendrement.

J’étais prête à le recevoir de toutes les façons possibles, mais cela faisait si longtemps…

La peau me picotait déjà, et mon corps réclamait ses caresses à cor et à cri. Pourtant je redoutais ce qui se produirait s’il se ruait sur moi alors que j’avais si faim de lui.

N’allions-nous pas nous entredéchirer ?

— Ça me tue, dit-il d’un ton bourru. D’être loin de toi. Tu me manques. J’ai l’impression que ma foutue santé mentale dépend de toi, Eva, et tu voudrais que ça me rende heureux?

Je m’humectai les lèvres.

— Moi, ça me rend heureuse.

Il paraissait moins crispé. Il avait dû tellement s’inquiéter de ma réaction après ce qu’il avait fait pour moi.

Pour être franche, à sa place, je me serais inquiétée.

Ma gratitude signifiait-elle que j’étais encore plus tordue que je ne l’imaginais ?

Le souvenir des mains de Nathan sur moi… du poids de son corps écrasant le mien… de la douleur atroce entre mes cuisses tandis qu’il s’enfonçait en moi m’assaillit alors… Aussitôt suivi d’un regain de fureur qui me laissa tremblante. Si me réjouir de la mort de ce monstre faisait de moi une folle, je préférais la folie à la raison.

— Je t’aime, dis-je, les yeux embués de larmes. Je t’aime comme tu n’as pas idée.

— Mon ange, souffla-t-il.

Il me rejoignit en deux enjambées. Il tremblait, et je fondis en larmes. Qu’il ait à ce point besoin de moi me bouleversait.

Gideon s’empara de ma bouche, mêlant sa langue à la mienne avec fièvre. Sa passion dévorante m’embrasa les sens et je gémis tandis que mes mains s’immisçaient sous son sweatshirt. Le grondement qu’il émit en réponse se répercuta à travers tout mon corps et les pointes de mes seins se dressèrent.

Je me pressai contre lui et fis tomber sa casquette afin de caresser ses cheveux. Son baiser était affolant et je perdis pied, envoûtée par la puissance du désir charnel qu’il reflétait. Un sanglot m’échappa.

— Non, souffla-t-il en s’écartant pour encadrer mon visage de ses mains. Ne pleure pas.

— C’est trop, murmurai-je, tremblant comme une feuille.

Son beau regard était aussi las que le mien.

— Ce que j’ai fait… commença-t-il, l’air sombre.

— Ce n’est pas ça. C’est ce que je ressens pour toi.

Il m’effleura la joue du bout du nez, ses mains glissant doucement le long de mes bras nus – des mains tachées de sang qui ne me faisaient que l’aimer davantage.

— Merci, soufflai-je.

Il ferma les yeux.

— Quand tu es partie, ce soir… j’ai pensé que tu ne reviendrais peut-être jamais… que je t’avais perdue…

— Moi aussi, j’ai besoin de toi, Gideon.

— Je ne m’excuserai pas. Je le referais s’il le fallait, affirma-t-il. C’était ça ou être sur le qui-vive jusqu’à la fin de tes jours. Nathan vivant, ta sécurité n’aurait jamais été garantie.

— Tu m’as repoussée. Éjectée. Toi et moi…

— … c’est pour la vie, Eva, m’interrompit-il en pressant les doigts sur mes lèvres. C’est fini, maintenant. Inutile de discuter, il est trop tard pour changer quoi que ce soit.

J’écartai sa main.

— C’est bel et bien fini ? Est-ce qu’on peut être ensemble ou devons-nous cacher notre relation à la police ? Avons-nous encore une relation digne de ce nom ?

Gideon soutint mon regard sans chercher à cacher sa douleur et sa peur.

— C’est précisément ce que je suis venu te demander.

— Si la décision me revient, je ne te laisserai jamais partir, assurai-je avec véhémence. Jamais.

Les mains de Gideon glissèrent le long de mon cou jusqu’à mes épaules, laissant dans leur sillage comme une brûlure.

— J’ai besoin de savoir que c’est vrai. Je craignais que tu ne t’enfuies, que tu n’aies peur… De moi.

— Non, Gideon, je…

— Je ne te ferai jamais de mal, Eva.

J’agrippai l’élastique de son jogging et tirai dessus, sans parvenir à le faire bouger.

— Je le sais, Gideon.

Physiquement, il s’était toujours montré attentif vis-à-vis de moi. Émotionnellement, en revanche, il n’avait pas hésité à utiliser mes sentiments contre moi avec une précision méticuleuse. Je luttais encore pour réconcilier ces deux aspects si paradoxaux de sa personnalité.

— Vraiment ? demanda-t-il en me scrutant avec cette intensité qu’il mettait toujours à débusquer le non-dit. Te laisser partir me tuerait, mais je ne te ferai jamais de mal pour te retenir.

— Je n’ai pas l’intention de partir.

Il soupira.

— Demain, mes avocats s’entretiendront avec la police, histoire de prendre la température.

Je pressai doucement les lèvres contre les siennes. Nous étions complices pour dissimuler un crime. Je mentirais en disant que cela ne me perturbait pas – j’étais la fille d’un officier de police, après tout –, mais l’alternative était trop horrible pour que je me risque à l’envisager.

— Il faut que je sache si tu peux vivre avec ce que j’ai fait.

— Je crois que je le peux, murmurai-je. Et toi ?

— Je peux tout supporter si je suis avec toi.

Je glissai les mains sous son sweat et savourai les retrouvailles avec sa peau et ses muscles. Je fis courir la pointe de ma langue sur sa bouche, mordillai délicatement sa lèvre inférieure. Le gémissement de Gideon me fit l’effet d’une caresse.

— Touche-moi.

C’était un ordre, mais le ton était suppliant.

— C’est ce que je fais.

Me saisissant le poignet, il immobilisa ma main au niveau de son entrejambe et, d’une impudique poussée des hanches, nicha son sexe au creux de ma paume. Mon pouls s’accéléra : il ne portait pas de slip sous son jogging !

— Tu me rends folle, soufflai-je.

Son regard bleu ne quitta pas le mien ; ses joues s’empourprèrent et ses lèvres s’entrouvrirent. Il ne cherchait jamais à dissimuler l’effet que j’avais sur lui, n’essayait jamais de feindre qu’il maîtrisait mieux que moi le désir que je lui inspirais. Le savoir aussi vulnérable que moi ne faisait que rendre plus excitante sa suprématie dans la chambre à coucher.

Je n’arrivais toujours pas à croire qu’il m’appartenait, qu’il se livrait aussi totalement, avidement, crûment…

Il tira sur mon drap de bain et prit une brève inspiration quand il atteignit le sol et que je me retrouvai entièrement nue devant lui.

— Eva !

L’émotion dans sa voix me fit monter les larmes aux yeux. Il se débarrassa de son sweat. Puis il se rapprocha de moi, lentement, retardant à dessein l’instant où nos peaux nues entreraient en contact.

Il m’empoigna les hanches, les doigts crispés d’impatience, le souffle rapide. Les pointes de mes seins le frôlèrent d’abord, déclenchant un tel flot de sensations que je poussais un cri inarticulé. Il m’attira contre lui, je sentis mes pieds se détacher du sol et il me porta jusqu’au lit.

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